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25 Kislev 5778
13 décembre 2017
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L'exil de l'homme

Nous lisons dans la Paracha de cette semaine le célèbre épisode de la vente du droit d'aînesse. Berechit, chapitre 25, à partir du verset 29 : « Ya'akov cuisait (des lentilles) quand ‘Essav revint du champ, fatigué.


Nous lisons dans la Paracha de cette semaine le célèbre épisode de la vente du droit d'aînesse. Berechit, chapitre 25, à partir du verset 29 : « Ya'akov cuisait (des lentilles) quand ‘Essav revint du champ, fatigué. ‘Essav dit à Ya'akov : gave moi s'il te plaît de ce rouge, de ce rouge-là, car je suis fatigué ; c'est pourquoi il fut appelé Edom (qui veut dire rouge). Ya'akov dit : vends moi définitivement ton droit d'aînesse. ‘Essav dit : voilà que je vais mourir, et à quoi me sert le droit d'aînesse... Il vendit son droit d'aînesse à Ya'akov. »

A première vue, il semble que c'est la conscience qu'avait ‘Essav du caractère éphémère de la vie qui le pousse à vendre son droit d'aînesse. Qui sait si son père mourra avant lui ? Peut-être qu'il n'aura pas l'occasion d'exercer ce droit d'aînesse. C'est ainsi que l'explique Rabbi Avraham Ibn Ezra.

Mais Rachi commente ce passage tout autrement. D'après lui, ‘Essav a demandé à Ya'akov : quels sont les statuts de ce service ? (il s'agit du service des Cohanim au Temple, qui dans un premier temps devait être pratiqué par les premiers nés). Ya'akov répondit : plusieurs interdictions et peines, parmi lesquelles la peine de mort, comme dans le cas où l'on sert en état d'ébriété, ou avec une chevelure hirsute. ‘Essav dit : quoi, je pourrais mourir à cause de cela ? Je n'en veux pas !

Si Rachi s'écarte délibérément du sens littéral, ce ne peut être sans raison. Quel est donc le problème ?
Pour essayer de résoudre cette difficulté, il nous faut citer la Guemara Berakhot 18a, à propos du verset de l'Ecclésiaste (Kohelet), chapitre 9 : « car les vivants savent qu'ils vont mourir et les morts ne savent rien. » Rabbi ‘Hiya explique : « car les vivants savent qu'ils vont mourir », ce sont les tsadikim, qui jusque dans leur mort s'appellent « vivants ». « Les morts ne savent rien », ce sont les recha'ïm, qui même de leur vivant, s'appellent « morts ».
Rachi explique ainsi cette Guemara : que veut dire ‘savoir qu'ils vont mourir' ? C'est prendre en considération le jour de la mort, et par cela, se retirer de la transgression. Les recha'ïm ‘ne savent rien', font comme s'ils ne savaient rien, et en arrivent à fauter.
Le regard sur la mort est donc le même que l'on soit racha' ou tsadik. Ce qui fait la différence, c'est la continuité de ce regard. Le tsadik intègre sa connaissance de la mort à sa conduite. Il modifie son comportement en conséquence. Alors que le racha' tente de l'oublier afin de s'autoriser ses déviations.

‘Essav, à la différence des recha'ïm en général, ne cherche pas à se voiler la face, il sait qu'il va mourir, et le dit explicitement : « voilà que je vais mourir. » Mais de manière inouïe, sa conscience de la mort ne modifie en rien sa conduite. Il voit la mort, mais ne pense qu'à la vie ici-bas. En d'autres termes, ‘Essav n'a même pas besoin d'oublier la mort pour se permettre des transgressions !
C'est ainsi que Rachi comprend notre passage : le droit d'aînesse comporte des avantages mais entraîne aussi des devoirs qui peuvent faire perdre à ‘Essav ce qu'il recherche ici-bas, il préfère donc le vendre purement et simplement. Il ne lui est d'aucun intérêt.
Par contraste, pour Ya'akov, le seul but de ce monde-ci est de pouvoir servir D. Et si pour cela il est possible de perdre la vie, c'est un risque à prendre, car c'est la seule raison d'exister.

La traduction de Yonathan Ben Ouziel va dans ce sens :
« ‘Essav dit : ‘voilà que je vais mourir et je ne vivrai pas dans un autre monde, à quoi me serviraient le droit d'aînesse et une part dans le monde dont tu parles ?' »
‘Essav ne veut pas entendre parler du monde à venir, du עולם הבא (‘olam haba). Plus encore : c'est sa conscience de la mort qui l'amène à cette attitude, alors même qu'elle conduit généralement les recha'ïm à un sursaut.
Le Keli Yakar sur notre passage rapporte que le nom עשו, ‘Essav, peut être rapproché de עשוי, ‘assouy, sui veut dire « fait ». Le fait que ‘Essav soit né velu, c'est-à-dire déjà pourvu d'un attribut réservé aux adultes, exprime l'idée d'un aboutissement atteint dans ce monde-ci, sans aucune perspective au-delà. ‘Essav fonctionne avec ses cinq sens, et ne cherche pas à développer les dimensions de l'esprit et du cœur.
On peut proposer d'ajouter que Ya'akov, à l'inverse, naît en tenant le talon de son frère (talon se dit עקב, ‘akev, c'est de là que vient le nom יעקב, Ya'akov). Dès sa naissance, il aspire déjà à autre chose, il entrevoit ce qui vient à la fin (notion symbolisée par le talon). On ne sera donc pas surpris par l'enseignement du Midrash, selon lequel Ya'akov est né déjà circoncis, c'est-à-dire prêt à atteindre une certaine forme de perfection qui est de l'ordre du עולם הבא, du monde à venir.

Que pouvons-nous tirer de tout cela ?
Nous vivons ici-bas dans le עולם הזה (‘olam hazé), dans un monde que nous pourrions qualifier de matériel. Nous percevons de manière confuse que l'essentiel est à venir, que notre existence n'a de sens que par rapport au עולם הבא. Mais le seul moyen de ne pas être englouti par le monde matériel est de s'y sentir en גלות (galouth), en exil. C'est-à-dire assumer le fait de ne pas vouloir vivre dans le עולם הזה, si ce n'est en tant qu'il évoque le עולם הבא. L'exil d'Israël parmi les nations est annoncé à Avraham, mais c'est Ya'akov qui va prendre sur lui l'exil.
A l'inverse, quiconque ne ressent pas l'exil où se trouve son âme dans ce monde-ci est déjà d'une certaine manière coupé du monde à venir, du עולם הבא. La séparation qui s'opère entre Ya'akov et ‘Essav marque ainsi la nécessité pour chacun d'entre nous de vivre cet exil intérieur... sans lequel notre vie serait limitée à la dimension finie du עולם הזה.

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[...] et il a pris Rivka, et elle a été sa femme, et il l'a aimée [...] [[Béréchit XXIV, 67]]

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