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29 Tishri 5778
19 octobre 2017
Fêtes

Petite réflexion à l’approche de Shavouot

D’après un enseignement entendu un midi à la Yechiva des Etudiants

« Vous, les Juifs pratiquants, auriez-vous juste une preuve que la Torah est bien une loi divine comme vous le prétendez ? »

Pour répondre à cette question en apparence simple, certains vont s’échiner à conduire des fouilles archéologiques, à décrypter millimètre par millimètre des fragments de manuscrits antiques, ou encore à rechercher des codes dans la Torah en utilisant des logiciels perfectionnés.

Ces démarches d’ordre scientifique se heurtent au scepticisme des esprits « éclairés », qui ont en cela raison : aucune démonstration de ce type n’est indiscutable, on en tire au maximum des faisceaux d’indications. Mais surtout, quel est le lien avec notre vécu juif aujourd’hui ? Imaginons que l’on parvienne à prouver qu’un raz-de-marée s’est effectivement produit dans la Mer Rouge il y a quelques milliers d’années, ou que l’on retrouve des fresques dans un temple égyptien suggérant une invasion de grenouilles à l’époque de tel Pharaon… en quoi cela me concerne-t-il directement ? Est-ce que je serai plus convaincu pour autant le soir de Pessa’h en racontant la Haggada ?

 Dans les lois concernant les dons aux pauvres, Rambam expose une halakha stupéfiante, nous en donnons une traduction libre (Hilkhot Matanot ‘Aniim, chapitre 9, halakha 15) :

בעל הבית שהיה מהלך מעיר לעיר ותמו לו המעות בדרך ואין לו מה יאכל עתה הרי זה מותר ליקח לקט שכחה ופיאה ומעשר עני וליהנות מן הצדקה ולכשיגיע לביתו אינו חייב לשלם שהרי עני היה באותה שעה

Si un voyageur de commerce qui va de ville en ville se retrouve sans argent et n’a pas de quoi manger, il lui est permis de profiter de la caisse de tsedaka ; et quand il rentrera chez lui, il n’aura pas l’obligation de rembourser, car il était pauvre à ce moment-là.

 Imaginons un homme d’affaires qui effectue un déplacement à l’étranger et se retrouve tout d’un coup dépourvu de tout moyen de paiement (son portefeuille contenant ses cartes de crédit lui a été volé, par exemple). Il a beau posséder de nombreux biens, des immeubles, des actions… il se retrouve momentanément privé de liquidités, littéralement sans le sou. Nous dirions logiquement qu’il peut emprunter ce dont il a besoin à la caisse de tsedaka locale, mais qu’une fois rentré chez lui, la moindre des choses serait de rembourser. Rambam enseigne que non : il a beau être riche, on tient compte du fait qu’à ce moment là, il se trouvait sans le sou. Il subissait le même manque qu’une personne nécessiteuse, donc juridiquement, il n’a rien à rembourser !

 On s’intéresse à ce qu’il vit : il possède certes, mais ne peut en jouir à ce moment-là.

עני היה באותה שעה : à cet instant, il était véritablement pauvre. Il connaissait le manque, l’inquiétude quant à son prochain repas. Une fois de retour chez lui, il retrouvera tous ses biens, tout son confort, mais on ne va pas lui dire de rembourser ce qui lui a été octroyé quand il a tendu la main. Au nom de la morale, nous aurions imaginé qu’on l’encourage à rembourser, voire à faire un geste supplémentaire en reconnaissance de l’organisme sympathique qui l’a aidé. Mais il n’en est rien !

 Voici une preuve que la Torah est מן השמים, qu’elle nous vient du Ciel. En effet, quel homme aurait pu écrire une loi qui tienne compte à ce point des ressorts profonds de l’âme, en contradiction flagrante avec nos beaux principes ?

La Torah n’est pas un livre de morale. C’est en cela que la révélation au mont Sinaï fait sens pour l’homme par rapport à son vécu.

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