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29 Tishri 5778
19 octobre 2017
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Shavouot, — D’un joug à un autre joug : nulle liberté ? —par Mr Fragan Mutzel

Shavouot, par Mr Fragan Mutzel.

 

La fête de Shavouot fait partie des trois fêtes de pèlerinage ordonnées par la Torah lors de laquelle nous fêtons le don de Torah aux enfants d’Israël. Voici que D.ieu après de multiples miracles a fait sortir les enfants d’Israël de la servitude en Egypte pour les emmener au pied du Mont Sinaï en plein désert pour se révéler pour la première fois à tout un peuple et donner sa Torah au « peuple à la nuque raide ». Jusqu’alors, D.ieu ne se révélait qu’à des individus isolés (Avraham, Itzhak, Yaakov, Moise) mais à Shavouot, D.ieu décide de se révéler à tout un peuple. Instant d’une double élection, D.ieu choisit son peuple pour lui-même se faire élire en retour. Face au refus des autres nations de recevoir la Torah, D.ieu s’impose par la force pour se faire reconnaitre par tout un peuple comme D.ieu unique.

 

— D’un joug à un autre joug : nulle liberté ? —

 

De la servitude que nous imposait Pharaon en Egypte durant des siècles, les enfants d’Israël furent sauvés d’une main puissante et par de multiples miracles afin de les faire sortir de cet état d’esclavage qui les asservissait. Mais ce sauvetage n’est pas un sauvetage ‘’humanitaire’’ au sens où nous pouvons l’entendre aujourd’hui! D.ieu sauve les enfants d’Israël dans le but qu’ils accomplissent Sa Torah sur terre.

 

Au jour de la Révélation, la Torah nous livre ces versets qui apparaissent presque anodins :

 

« ההר בתחתית ויתיצבו המחנה-מן האלהים  ויוצא משה את העם»

 

‘’Moïse fit sortir le peuple du camp à la rencontre de D.ieu et ils se tinrent au pied de la montagne’’ (Exode 19 :17

 

Rashi rapporte deux explications sur la deuxième partie du verset ‘’et ils se tinrent au pied de la montagne’’. Un premier sens littéral, immédiat : ils se tenaient littéralement au pied de la montagne. Mais, il propose également une autre lecture ouvrant une autre perspective en rapportant un midrach du Traité Chabbat (88) :

 

שכפה מלמד חסא בר חמא בר אבדימי רבי אמר ׳׳ ההר בתחתית  ויתיצבו ׳׳»

«  קבורתכם תהא שם לאו ואם מותב התורה מקבלים אתם אם להם ואמר כגיגית ההר את עליהם הוא ברוך הקדוש

 

« La torah dit : ‘Il se sont tenus au pied de la montagne’  Rav Avdimi bar’Hama bar Hassa a dit : cela nous apprend que le Saint, béni soit-il les a recouverts de la montagne comme si c’était une cuvette retournée et leur a dit : ‘Si vous acceptez la Torah, c’est bien ; et sinon, là sera votre tombeau ! ‘

 

Ce midrach nous interpelle et soulève de nombreuses problématiques, d’autant plus qu’auparavant les enfants d’Israël avaient déjà accepté la Torah par ces mots : ‘’Tout ce que Hashem a dit, nous le ferons et nous entendrons’’ (Exode 24 :7). Nulle nécessité alors à priori d’utiliser la force et le chantage pour imposer son pouvoir de vie ou de mort sur les Enfants d’Israel. Les propos de Rav Avdimi bar ‘Hama bar ‘Hassa font penser à une véritable scène de prise d’otages qu’ont vécu les enfants d’Israel de la part de D.ieu : Faîtes ma volonté ou vous mourrez !

Quelle nécessité pour D.ieu d’imposer sa loi aux hommes sous la menace ultime d’une mise à mort ? L’acceptation sous la menace constitue-t-elle un engagement valide ? 

 

Pour le Maharcha, lorsque les enfants d’Israël ont déclaré ‘’nous ferons et nous entendrons’’, cela constituait un engagement pour la Torah écrite. La difficulté qu’implique la Torah orale leur faisait peur et ils auraient pu revenir de leur décision en sachant ce que cela implique.  Ainsi pouvons-nous traduire avec un nouvel éclairage  ‘’Nous ferons et nous entendrons ‘’ sous - entendu Nous ferons ta Torah écrite et nous entendrons dans un second temps ta torah orale.  Or, là n’était pas la volonté de D.ieu qui voulaient l’acceptation des deux Torah écrite et orale comme un lien  indissociable entre les deux.

 

Quelle lecture peut-on avoir du fait que D.ieu ait déraciné la montagne pour la recouvrir comme une menace sur les enfants d’Israël ?

 

Le Maharal de Prague dans son Tiferet Israël évoque l’idée que le don de la Torah ne peut être perçu comme un sacre, un couronnement  mais comme un choix qui s’impose sans quoi le monde retournerait au début de la Création, c’est à dire au chaos.  Toujours à ce propos, le Maharal exprime l’idée que le don de la Torah n’aurait pu se faire par un consentement libre car cela reviendrait à un choix facultatif  et laisserait entendre que le choix aurait pu être autre. Contraindre les enfants d’Israël se révèlerait donc nécessaire pour montrer la volonté ferme de D.ieu que les choses devaient se passer ainsi et qu’il n’aurait pu en être autrement.

 

Rachi nous donne un élément de réponse supplémentaire : Dans le cas où D.ieu voudrait les passer en jugement, les enfants d’Israel pourraient toujours dire que c’était un choix fait sous la contrainte. Cette réponse de Rashi ouvre à de multiples interprétations ; mais ce qui paraissait comme un acte totalitaire de la part de D .ieu  peut s’entendre dès lors comme la possibilité d’un vice de procédure en faveur des enfants d’Israel.

Nous pouvons alors voir cette menace non plus comme ce qu’elle laisse apparaitre de violent mais comme un geste d’une infinie bonté. Sachant les difficultés qu’impliquent la réception de la Torah mais étant tenu également de la délivrer sous peine de revoir le monde plonger dans le chaos, D.ieu laisse une faille pour ne pas les accabler lors de leur jugement.

 

 

 

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