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1 Kislev 5778
19 novembre 2017
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Parachat Behoukotaï:

Ce qui appert massivement de l’advenue des bénédictions et des malédictions pour Israël est leur dépendance à l’égard de l’accomplissement des mitsvot de la Tora. C’est vrai pour notre passage dans Béhoukotaï, comme pour le passage de Dévarim dans Ki-tavo.

«Si vous allez dans mes décrets et mes mitsvot vous gardez...» alors les bénédictions; «Et si vous n’écoutez pas, et ne faites pas ces mitsvot-là...» alors les malédictions. La chose est massive, claire. Cependant, si l’on scrute de plus près l’exigence ici convoquée, on s’aperçoit que la pratique objective des mitsvot n’est pas encore suffisante. Une incontestable part subjective est aussi enjointe.

Dans la parachat Ki-tavo, l’argument en question est celui-ci: «Et parce que tu n'auras pas servi l'Éternel, ton Dieu, avec joie et contentement de cœur, au sein de l'abondance» «Be simha ou be touv levav». C’est-à-dire, bien sûr, il faut accomplir les mitsvot, mais il faut s’y adonner avec «joie et bon cœur» pour ne plus être sous la mesure des malédictions. Comme toujours dans l’enseignement de la Tora, les seules réalités objective et subjective sont déficientes tant qu’elles ne sont pas conjointes.

Dans le passage de Behoukotaï, l’élément subjectif convoqué n’est apparemment pas identique; il est d’ailleurs moins explicite; mais on le repère pourtant. Il s’agit de la mention, répétée à 7 reprises, d’un terme assez ambigüe, le terme de «kéri».

Rachi commente la première des occurrences de קרי. Il est donc censé caractériser ce manque d’investissement subjectif dans l’accomplissement de la Tora responsable des vagues de la survenue des différentes et redoutables malédictions. Vayikra 26-21, Rachi:

«Et si vous allez avec moi en «kèri»: Nos Maîtres ont enseigné que le mot kèri désigne ce qui est occasionnel, fortuit, ce qui se produit inopinément. Ici : « [si] vous observez les mitsvot de manière occasionnelle ». Quant à Mena‘hem, il l’explique dans le sens de« retenue », comme dans : « “Rends rare” (hoqar) ton pied dans la maison de ton prochain » (Michlei 25, 17), ou dans : « d’esprit réservé (waqar) » (Michlei 17, 27). Cette explication est proche de la traduction du Targoum Onqelos : « avec dureté ». Ils endurcissent leur cœur pour l’empêcher de se rapprocher de moi.»

L’expression de «kéri» est particulièrement frappante. Si Rachi invoque ici en premier lieu la dimension occasionnelle, inconstante, à propos de Bilaam, où le même terme est employé, il relève une nuance plus louche encore:

Nombres ch. 23, v. 4 (Balak-)

«Dieu survint (vayikar) à Bilaam, qui lui dit : "J'ai dressé les sept autels, et j'ai offert un taureau et un

bélier sur chaque autel."

Rachi : Il survint : ce mot contient une connotation de honte et d’impureté nocturne (kéri) avec l’idée

de difficulté et de dégoût. Il ne s’est révélé à lui pendant la journée que pour montrer Son

amour pour Israël»

Enfin, à propos de l’attaque d’Amalek, où à nouveau la racine du terme se retrouve employée, Rachi indique alors: Ki-tétsé 25-18 : «Amalek...qui t’est survenu dans le chemin... Rachi : t’est survenu: Fortuitement; autre chose: connotation d’impureté sexuelle car il les a souillé par l’homosexualité; autre chose: connotation de froid comme dans «froidure et chaleur (Gen 8-22)»

On perçoit alors qu’entre les exigences de Behoukotaï et celles de Ki-tavo, un même investissement est demandé pour les bénéï Israël, exprimé sous une forme négative ici, et sous sa forme affirmative dans Devarim.

De quoi s’agit-il donc? «Kéri» nomme, indubitablement, l’accidentel. En son sens péjoratif, «impur». C’est-à-dire ce qui n’est pas essentiel et irréversible. Par conséquent, s’il est évident que le rapport intermittent à la Tora est décrit comme coupable, on doit établir que même un rapport en apparence plus stable et constant aux mitsvot peut être qualifié d’inconsistant, d’accidentel. Si les circonstances changent, la relation subjective à la Tora étant lâche et sans nécessité, l’objectivité même s’efface. On peut caractériser ce type de subjectivation, en son sens courant, de tradition. La pratique de la Tora relève de la culture, de la relativité des origines. Or, comment caractériser maintenant, à l’inverse, le type de rapport subjectif qui ne tomberait pas dans la complaisance du déterminisme communautaire facile, froid, et contingent? On conviendra qu’il s’agit d’un rapport de vérité. Ce critère seul, pensé ici dans son efficace subjective, peut rendre raison de ce qui serait une manière essentielle, et non plus seulement impure et presque indécente, de vivre la Tora et les mitsvot. Et l’on conviendra aussi que c’est bien par ce biais que l’esprit trouve la satisfaction d’une «joie et d’un contentement du cœur».

Tout le problème devient alors: comment savoir que la Tora est vérité. Est-ce en le déclamant péremptoirement? Deux réponses: 1- par l’approfondissement de l’étude, qui passe peut-être par la confrontation argumentée avec les hokhmot du monde (d’où: un peu de pub pour le cours du jeudi avec Rambam...) 2- par la confirmation existentielle. Mais celle-ci suppose un cheminement jusqu’au caractère de «nora», le redoutable, du devenir terrestre. Appelons cet aspect la mesure de Tiferet: du sublime.

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