Savoir recevoir les bénédictions

Le texte de Parachat Be'houkotay décrit les conséquences du comportement du peuple juif. S'il accomplit la volonté de D.

Le texte de Parachat Be'houkotay décrit les conséquences du comportement du peuple juif. S'il accomplit la volonté de D., le pays et ses habitants vivront bien. Dans le cas contraire, une série de malheurs touchera le peuple. Nos Sages appellent ce texte « les bénédictions et les malédictions ».

Selon la Michna, ce texte était lu les jours de jeûne, institués à la suite des malheurs du peuple, pour faire prendre conscience aux auditeurs de l'enjeu du jour. Il ne s'agit pas uniquement de punition et de récompense. La plupart des commentaires s'accordent à dire qu'il faut déduire de là que le comportement influence directement l'environnement. Une bénédiction signifie que les éléments vitaux se développent, et surtout que c'est D. qui permet ce développement. Et à l'inverse, la malédiction signifie une absence de proximité avec D., ce qui entraîne des désagréments. Il ne s'agit donc pas dans ce texte de rétribution totale des actions des hommes. Le monde futur est le lieu propre où la rétribution prend tout sons sens. Une des raisons à cela peut être énoncée ainsi : l'impact sur une personne d'une mitsva, qui possède une dimension spirituelle, ne peut pas trouver un correspondant dans notre monde matériel et limité ; de même une transgression profonde de la volonté divine implique des conséquences au niveau de l'âme, irréalisables ici-bas.

Ainsi l'analyse de ce texte peut nous faire prendre conscience de ce qu'est le véritable développement de notre situation, en terme de bénédiction. Cela pose beaucoup de questions. En effet, à quoi sert cette profusion de production ? (Par exemple Vayikra, chap. 26, ver. 10 : « Vous serez obligés de débarrasser l'ancienne récolte pour engranger la nouvelle ».) A quoi bon ce surplus ? Certains commentaires expliquent que cela nous permettra de vendre... Mais jusqu'où ? Il faut de quoi supporter cette bénédiction ! Pourquoi recevoir des quantités qu'on ne pourra au bout du compte pas exploiter ? Les versets ne disent pas que cela sera inexploitable, mais on peut se demander si cela ne finira pas ainsi !

D'autant plus que Rachi commente « vous mangerez à satiété » (verset 5) en disant : « on mangera peu et la bénédiction règnera dans les entrailles », c'est-à-dire que peu de nourriture apportera tout ce qui est nécessaire. Pourquoi alors faire déborder les entrepôts ?

Le Sfath Emeth donne un exemple : il y a des gens qui, pour obtenir des sensations, ont besoin de nouvelles connaissances ou de nouvelles expériences. Ils ne savent pas faire vivre leurs acquis et les approfondir, pour s'en alimenter. C'est signe qu'ils ne leur attribuent pas ou pas assez de valeur. Ce qui est chez l'homme profonde et vraie conviction l'impressionne en permanence. C'est ce que signifie la Thora en disant que cela se bénit dans les entrailles. C'est que l'homme sera suffisamment développé pour valoriser chaque expérience et chaque instant de vie, par suite de sa proximité avec D. Ainsi, les derniers mots des bénédictions : « Je vous conduirai la stature redressée », indiquent que la personnalité sera suffisamment forte pour que tout ce qu'elle vit ou intègre dans ce monde-ci soit totalement exploitable.

En d'autres termes, on pourrait répondre à notre question en disant que les bénédictions intègrent le fait même d'être capable de les recevoir et d'en profiter pleinement. La question est peut-être de savoir ce qu'il faut d'abord : la bénédiction ou la capacité de la recevoir correctement ? Le Sfath Emeth penche pour la deuxième option : travailler sa propre sensibilité, selon l'optique de la Thora, pour que la bénédiction trouve accueil et écho en l'homme.