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19 Tammuz 5779
22 juillet 2019
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La vérité, rien que la vérité, toute la vérité

Le début de la Parashat Toledot présente Yaakov Avinou comme quelqu'un de Tam et Yoshev Ohalim (Béréshit 25,27).

Le début de la Parashat Toledot présente Yaakov Avinou comme quelqu'un de Tam et Yoshev Ohalim (Béréshit 25,27). Onkelos traduit : Tam, intègre ; Yoshev Ohalim, qui fréquente les maisons d'étude. Rashi développe : Tam, « comme son cœur ainsi est sa bouche », toute personne qui n'est pas douée pour faire croire ce qui n'est pas vrai est appelée Tam, simple.

D'ailleurs, c'est d'après notre tradition la qualité de Yaakov Avinou. Comme dit le verset : « Que soit donnée la vérité à Yaakov » (Mishna 7,20).

Cependant, à la fin de la Parasha, lorsque Yaakov se déguise sur l'ordre de sa mère pour se substituer à son frère Essaw et prendre la bénédiction de son père à sa place, la Torah nous dit des choses terribles (Béréshit 27,18 et19) :

« Il vint chez son père. Il dit : ‘Mon père'. Il dit : ‘Me voici, qui es-tu mon fils ?'. Yaakov dit à son père : ‘Je suis Essaw ton fils aîné. J'ai fait comme tu me l'as dit. Lève-toi, s'il te plaît, assieds toi et mange de mon gibier pour que me bénisse ton âme.' »

Comment peut-on dés lors dire que la qualité centrale de Yaakov est la vérité ? Nous sommes en plein real-politik où Yaakov mentit éhontément pour les besoins de la cause.

Rashi vient à la rescousse :

« Je suis Essaw ton fils aîné. ». « Je suis », effectivement, c'est moi qui t'amène le gibier. Quant à Essaw, c'est ton fils aîné.

« J'ai fait comme tu me l'as dit », effectivement, dans ma vie j'ai fait beaucoup de choses comme tu me les avais dites.

Il faut lire le verset ainsi, d'après Rashi : « Yaakov dit à son père : ‘Je suis (virgule), Essaw (est) ton fils aîné' ». Rashi nous dit : Yaakov n'a pas menti !

Que veut nous enseigner Rashi ? Car, il est bien clair et évident pour tout le monde que Yaakov a menti ou tout du moins trompé absolument son père.

Il nous semblerait que Rashi nous invite à une réflexion sur ce qu'est la vérité. De la même manière qu'il était éminemment délicat de décider par quel fils s'exprimerait la pérennité d'Avraham, Ishmaël ou Itshak, de même il est question ici de la pérennité d'Itshak.

Rivka, de manière prophétique, comprend qu'une erreur majeure pour l'avenir du peuple se constitue ainsi, et par ce biais pour l'humanité entière est en train de se faire. Yaakov doit prendre la bénédiction de son père. (Nous n'avons pas l'intention, dans le cadre de cette étude, de traiter des opinions respectives d'Itshak et de Rivka).

Il doit jouer à Essaw, car Itshak ne veut donner la bénédiction qu'à Essaw. Yaakov a une obligation, pour sa survie spirituelle et physique, de lui voler la bénédiction.

Rashi nous dit que vues les contraintes extrêmes de la situation, avec tout cela, et malgré tout cela, Yaakov n'a pas menti. Il n'a pas sorti un mot de sa bouche dont son cœur ne peut témoigner de sa véracité. Si son père, Itshak, a pu interpréter ces mots dans le sens que lui, Itshak, persistait à imaginer, c'est son problème à lui Itshak. Mais malgré les contraintes absolues de la situation, Yaakov n'a pas sorti un mot dont son cœur ne pouvait témoigner de la véracité. Malgré tout, il est resté Tam, « comme son cœur, ainsi est sa bouche ».Que ceux qui l'ont mis dans ces circonstances oppressives se trompent, s'ils veulent se tromper. Mais lui, Yaakov, est resté Tam, intègre malgré les contraintes absolues.

Ce passage est terrible dans le sens étymologique, en cela qu'il inspire la terreur. En effet, n'est ce pas une vision prophétique sur le destin, magnifique mais terrible du peuple d'Israël, où les enfants d'Israël ont à la fois l'obligation de vivre et survivre tout en ayant l'obligation impérieuse de rester intègres.

Ces nuances sont exprimées dans les lois de sanctification du Nom dans le Shoulhan Aroukh. Yoré Déah, chapitre 157, second paragraphe :

« Dans des cas de persécutions, il est interdire de dire que l'on est idolâtre pour qu'on ne nous tue pas. Mais, par contre, pour qu'on ne nous reconnaisse pas, il est permis de changer ses vêtements et de mettre des vêtements d'idolâtre, tant qu'on ne dit pas que l'on est idolâtre ».(Rabbi Yossef Karo)

« Bien que ce soit interdit de dire que l'on est idolâtre, il est dans ces circonstances permis de dire un langage ambigu de manière à ce que l'idolâtre pense qu'il est dit qu'il est idolâtre et que lui veut dire autre chose ». (Rabbi Moshé Isserless au nom du Nimouke Yossef dans Baba Kama)

Nous pouvons ajouter que lorsque Rashi explique les mots de Yaakov en disant : « Je suis (virgule), Essaw ton fils aîné », Yaakov dit « Je suis » c'est-à-dire ‘J'existe'. Ce qui signifie : bien que je sois dans des circonstances d'oppression extrêmes, toutefois, je suis, c'est à dire non seulement je ne suis pas soumis à ces contraintes, mais encore j'existe et je suis libre.

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