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21 Sivan 5779
24 juin 2019
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Parashat Kedoshim. Quelques brefs éclairages sur des versets célèbres. Par Rav Gérard Zyzek

Parashat Kedoshim. Quelques brefs éclairages sur des versets célèbres. Par Rav Gérard Zyzek

 

 


La Parasha Kedoshim est extrêmement riche en commandements de la Torah, et en particulier en commandements entre l’homme et son prochain. Certes la Torah nous enjoint beaucoup de commandements, de Mitsvot, comme les lois de Cacherout, le respect du Shabbat etc.. mais nous trouvons dans notre Parasha beaucoup de commandements qui, si on les approfondit, peuvent beaucoup nous enseigner sur nos relations avec les autres. Prenons deux exemples :

Chapitre 19 verset 17 du livre de Vayikra :
לֹא-תִשְׂנָא אֶת-אָחִיךָ, בִּלְבָבֶךָ; הוֹכֵחַ תּוֹכִיחַ אֶת-עֲמִיתֶךָ, וְלֹא-תִשָּׂא עָלָיו חֵטְא. 
‘Ne hais point ton frère dans ton cœur, fais des remontrances à ton ami, et tu ne porteras pas de faute à cause de lui.’

De quoi s’agit-il ?
La Torah nous interdit d’haïr notre frère, notre proche. Tout d’abord la Tradition de nos Maîtres, la Tradition talmudique, nous enseigne qu’un méchant, un très méchant, qui a fait du mal, et qui fait du mal, si tant est que l’on puisse définir ce qu’est ce mal, ce peut être une Mitsva de le haïr et de garder de la rancune à son égard.
le verset qui nous importe parle du cas où tu ne supportes pas quelqu’un qui t’est proche. Et que tu n’es pas d’accord par exemple avec ce que cette personne fait. Tu n’as pas le droit de garder cette haine dans ton cœur, tu dois lui dire : pourquoi tu fais cela ? tu dois exprimer ce qui ne va pas. Et en exprimant cela tu accomplis une seconde Mitsva qui est de faire des remontrances. En faisant une remontrance tu n’es pas en train de dire que tu as raison, tu exprimes seulement qu’il y a quelque chose que tu ne supportes pas et qu’il faut parler, il faut s’exprimer, dire quand ça va pas.
Le verset continue en disant :
‘et tu ne porteras pas de faute à cause de lui’
Nous pouvons expliquer cette fin du verset de deux manières.
Premièrement, si tu t’exprimes, si tu dis ce qui ne va pas, ce pourquoi tu n’es pas d’accord avec ce que ton proche est en train de faire, tu ne portes pas ainsi la faute grave de garder de la haine à l’égard de ton proche, de ton ami.
Deuxièmement, et c’est l’explication que donne Rashi sur le verset : lorsque tu dis à ton prochain ce qui ne va pas, tu dois lui dire dans l’intimité, et ne pas l’offenser, tu dois faire attention toutefois à sa sensibilité, et ne pas porter de faute en accomplissant ce commandement de la Torah de faire des remontrances.

Nous voyons de cet exemple que la Torah que je reçois aujourd’hui sur moi est une Torah de vie. La Torah ne me demande pas d’être impassible et sans sensibilité. Aujourd’hui on est dans une société bien pensante, où on te dit de tout supporter, de tolérer l’intolérable. D’accepter tout et n’importe quoi. Et on n’est pas habitué à s’exprimer. Et alors les conflits deviennent insurmontables car on ne s’exprime pas, et on croit que si on s’exprime, alors c’est la fin des haricots ! Bien au contraire, s’exprimer c’est un signe de respect et d’amour envers son prochain.


Parmi les nombreux commandements de la Torah énoncés dans la Parashat Kedoshim se trouve aussi le commandement célébrissime (Vayikra 19,18) :
וְאָהַבְתָּ לְרֵעֲךָ כָּמוֹךָ
‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même’

Ce commandement est certes célèbre, mais si nous regardons les commentateurs de notre Tradition nous pourrons y découvrir des éclairages inédits.
Le Ramban, Nahmanide, explique de la manière suivante.

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. C’est une exagération. En effet le cœur de l’être humain ne peut supporter d’aimer autrui comme sa propre personne. Et de plus la loi juive nous interdit de mettre sur le même plan autrui et moi-même. Par exemple si ma vie est en danger et la vie d’autrui est en danger, et que je n’ai la possibilité de sauver qu’une personne de nous deux, on apprend des versets de la Torah que je dois sauver en premier ma personne. C’est l’adage talmudique : ta propre vie prime par rapport à la vie d’un autre (Traité Baba Métsia 62). Si c’est ainsi comment comprendre notre verset ?
Regardons bien le verset. Ce n’est pas écrit ‘tu aimeras ton prochain’, mais ‘tu aimeras pour ton prochain comme toi-même’. Il n’y a pas le signe du complément d’objet direct את, ET, mais il y a le signe de la destination le Lamed, ל. Ce qui signifie que tu aimeras pour ton prochain comme toi-même. Explication : la Torah ne te demande pas de mettre autrui sur le même plan que toi-même. Mais elle te demande de rechercher le bien pour autrui comme tu le recherches pour toi-même. En général on souhaite du bien à autrui, qu’il réussisse dans sa vie, qu’il soit heureux, etc.. mais j’aimerais quand même réussir mieux que lui. La Torah me demande de souhaiter pour autrui tout bienfait, comme je me le souhaite à moi-même et d’enlever de mon cœur la bassesse de la jalousie. C’est ce qui est visé dans ce verset de la Torah. »

 

 

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