’album ‘Azul al Paris’ de Oul Lahlou 2005 sous le Label Lyndaris.
Oul Lahlou est un des représentants de la nouvelle vague de la chanson kabyle. A la suite de Idir, Matoub Lounès, il y a quelque chose de terriblement émouvant dans ses chansons, en particulier les plages 5,7,10 et une reprise du Métèque de Moustaki en kabyle qui vaut le détour, plage 4. Ce qui m’intéresse c’est le lien entre la violence et le goût de la mélodie, de l’harmonie. Les chanteurs de la nouvelle vague kabyle revendiquent leur identité de manière militante. Effectivement la culture kabyle a été niée voire réprimée violemment par les différents pouvoir arabes en Algérie, et souvent réprimée dans le sang. Chanter en kabyle en Algérie aujourd’hui, c’est s’exposer dans une certaine mesure à la mort. Or il émane une grande douceur mélancolique de la musique de ces musiciens que je me permets de trouver particulièrement doués. Cette proximité extrême entre violence et harmonie m’interpelle. Il semble que cette réflexion peut nous permettre de trouver une entrée dans un passage de la Torah dans Béréchit chapitre 4 versets 21,22 et 23. Leme’h est la cinquième génération après Caïn. Il eut deux femmes, Ada et Tsila et trois fils : Yaval, Youval et Touval Caïn. Le verset présente ces trois personnes comme étant dans une certaine mesure les fondateurs de la ‘civilisation’. ‘Ada mit au monde Yaval, c’est le premier de tous ceux qui habitent dans les tentes et qui ont des possessions’ Rachi donne deux explications : le premier nomade qui est prêt à aller dans les déserts avec ses troupeaux. autre explication : les tentes, ce sont les temples d’idolâtrie. ‘le nom de son frère est Youval, c’est le père de tous ceux qui manient la harpe et la flute.’ c’est en quelque sorte le premier musicien. ‘Et Tsila elle aussi mit au monde Touval Caïn maître de tous ceux qui travaillent le cuivre et le fer.’ Rachi explique le sens du nom Touval Caïn : Touval est le même mot que Taveline, les épices, c’est celui qui introduit un art dans le fait de tuer, activité de Caïn, il améliore les armes pour pouvoir tuer plus efficacement. Pour résumer, l’un est le premier organisateur de l’idolâtrie (d’après Rachi), le troisième organise un monde de meurtres, reste le second : le premier musicien, le premier artiste. Rav Chimchon Raphaël Hirsch dans son commentaire sur la Torah fait à partir de là une remarque sublime : ‘l’art est une nécessité dans le monde (violent) de Caïn. L’homme qui s’est détaché de D. recherche une sérénité.’ La musique n’apporte pas de spiritualité mais éveille à la sensibilité et donne l’illusion d’une élévation. Youval est le premier musicien. C’est le copain de l’assassin. On ne parle pas ici du chant spontané qui fait partie de la nature profonde de l’homme comme nous le voyons chez les enfants qui chantent spontanément ou bien Adam qui chanta Mizmor Chir LeYom Hachabbat.


