| A propos du livre ’Les bienveillantes’ de Jonathan Littel, aux éditions Gallimard |
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Auteur(s)
Gerard Zyzek
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Ce qu’on lit à la Yechiva
U sujet du livre de Jonathan Littel ’Les bienveillantes’ aux éditions Gallimard.
Amis internautes, que pensez-vous de ce livre ?
Ce livre est sorti début septembre et très vite sans promotion spéciale la première édition fut épuisée. Gallimard dut sortir d’urgence une nouvelle édition. en un mot beaucoup de personnes disent que c’est un événement, disent que c’est un chef d’oeuvre. Que cela a à voir avec Vie et Destin de Vassili Grossmann. Cela m’évoque plusieurs questions auxquelles j’aimerais vous inviter à vous exprimer :
qu’est-ce que la mémoire ? il est vrai que l’on est gâvé de cette notion de mémoire mais ce livre fait ressortir néanmoins une réflexion sur le sujet. Claude Lanzmann dit au sujet de ce livre : un bourreau n’a pas de mémoire.
qu’est-ce qu’écrire ? Est-ce qu’un écrivain écrit pour gagner sa vie ou parce qu’il a quelque chose à dire ?
qu’est-ce qu’un chef d’oeuvre ?
ce livre est-il un événement ou un non-événement ?
Gerard Zyzek
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Vos commentaires
Je nái pas tellement envie de repondre aux questions de Zysek. Ce livre má boulleversee, je lái lu dún seul soufle, et peut etre trop vite. Les questions que je me pose maintenant : Est-ce que cést un livre revisioniste ? Je ne peux repondre ni oui ni non. Est-ce que cést un roman dangeureux parceque donne une face humaine(quoique...max est bien derange...) aux bourreaux ? Est-ce que au contraire, il nous fait voir que dans des conditions donnees,en utilisant le vocabulaire adequat, nous pouvons tous devenir des bourreaux ?
Mais toutes ces questions sont plutot ennuyeuses.Pour moi, la grande question est :Pourquoi, chaque fois que lón traite de la shoah, le recit est presque hypnotisant, et on le lit sans pouvoir sárreter. Quý at-il dans cette shweinerei, de si fascinant ? Pourquoi ca fait toujours un livre ou un film a recette ? Jái plusieurs possibilitees de reponses ds la tete.
Posté le 10 décembre 2006 à 21:57
Ce message s adresse a l auteur du message du 10 decembre. Tout d abord, "Zizek" comme tu dis, porte un prénom. Tu pourrais etre plus respecteux quand tu l evoques. Deuxiement, peux-tu preciser ta pensee, quant "aux plusieurs possibilites de reponse ds ta tete". Merci. OA
Posté le 26 décembre 2006 à 21:00 par OA
« Cela n’aurait jamais dû arriver. Et par là, je ne parle pas du nombre de victimes. Je parle de la fabrication systématique des cadavres, etc., je n’ai pas besoin de m’étendre davantage sur ce sujet. » Hannah Arendt
« Toute pédagogie de l’horreur en reproduit la jouissance » Anne-Lise Stern
Il est possible que ce roman, les Bienveillantes , soit un des premiers grands livres du XXI ème siècle : un livre hors norme de 900 pages compactes. Dans notre monde post-moderne, il est comme un"retour du refoulé", venu de ces temps modernes où la technique a fabriqué des cadavres dans des chambres à gaz. C’est un livre trés difficile à lire. Même si le lecteur s’accorde du temps et du courage il en sortira fourbu , exténué, interloqué et perplexe. En changeant de siècle et de nouvelle économie psychique , en passant de la névrose à la perversion, on est passé de l’ère de la victime à l’ère du bourreau. Le récit, dense, aride parfois, pourrait engendrer, une fois encore, la fascination pour la barbarie. En transposant dans son roman l’immense documentation qui existe sur cette époque, J. Littell suscite l’envie de savoir, le désir d’Histoire, la volonté de comprendre l’une des pages les plus complexes et les plus prégnantes du siècle passé. Les lecteurs pensent trouver ce qu’ils cherchent dans Les Bienveillantes, car J. Littell revendique un implacable et irréprochable réalisme historique. Si l’Histoire est convoquée, c’est la magie de l’écriture qui opère. Le lecteur qui voudra en savoir plus devra se mettre au travail. Il faudra du temps pour apprécier cette oeuvre.
Le roman inclassable de Jonathan Littell est le récit, pour faire littérature, d’un homme pas trés ordinaire, né en Alsace en 1913 , de père allemand et de mère française, qui va traverser, en bureaucrate témoin et acteur, l’histoire et la géographie de la Mitteleuropa pendant les années du nazisme , la guerre de 1939-1945 et prendre part à l’extermination de tous les ennemis de l’Allemagne nationale socialiste (les juifs de tous les pays occupés, les soviétiques, les tziganes, malades psychiatriques) et à la solution finale du problème juif ( Endlösung der Judenfrage ) : les groupes mobiles de tuerie ( Einzatgruppen ) , les exécutions « à ciel ouvert », les camps d’extermination , les chambres à gaz , les crématoriums, les marches de la mort.
Cet homme est Maximillien Aue ( personnage fictif et narrateur ) . Son roman familial infiltre ses réflexions, ses attitudes et actions criminelles. Il est amoureux de sa soeur jumelle, Una, et homosexuel dans ses choix. L’image d’un homme torturé s’installe dans l’esprit du lecteur. Intelligent, cultivé, esthète, obstiné, il sera un officier supérieur de la SS qui aura bien de la chance malgré les situations les plus graves et les plus terribles de sa vie. Un juriste nazi courageux et pédant qui écrit des rapports inutiles à la chaine, omniprésent sur les chantiers de la mort . Ce thanatologue participera au judéocide européen , sans que ses paroles traduisent un antisémitisme haineux , présent lors des tueries massives en Ukraine , en Russie, en Hongrie. Il sera le témoin des horreurs de la guerre et acteur de l’organisation des camps d’extermination en Pologne. Il vivra aussi l’effondrement du III ème Reich. Plus qu’un personnage de roman il s’agit d’une figure atypique du bourreau de la Shoah.
La parole de Max Aue est une parole vraie qui peut révéler ses propres abîmes. Il laisse à ceux qui l’entendent, la tâche impossible d’une interprétation. Le roman de Littell ne livre pas à ses lecteurs le « pourquoi » de l’holocauste. Claude Lanzmann nous mettait en garde contre les exercices académiques qui promettent une explication de la Shoah. Ces abstractions, en effet, n’ont souvent réussi qu’à émousser ou à travestir l’événement oblitérant la réalité sans parvenir à clarifier quoi que ce soit. On ne fouille pas aisément la psyché des exécuteurs ( qui, d’ailleurs, ne parlent pas) . Lanzmann lance cet ultime avertissement en citant Primo Levi qui, détenu à Auschwitz, entendit un garde S.S. proférer « Hier ist kein Warum » (« Ici, il n’y a pas de pourquoi »). Le regard de Max Aue est plus énigmatique et engendre un malaise.
J. Littell écrit en français , en imitant cette langue du III ème Reich, en Lingua Tertii Imperii (LTI) , mais sans la connaissance intime de la langue allemande, que l’ensemble des judaïsmes de la Mitteleuropa avaient tous placée en position de langue supposée du savoir
( Wissenschaft - Judentumswissenshaft ) . Le texte est avant tout un objet littéraire. C’est d’abord un travail d’écrivain. L’habillage historique est quasiment sans faille, saturé par la masse documentaire ( à comparer, par exemple, au chapitre VII du livre de Raul Hilberg - La destruction des juifs d’Europe : Les opérations mobiles de tuerie - ) . L’histoire personnelle subjective de Max Aue, est fragmentée, dispersée à travers tout le livre. C’est le moteur du roman, branché directement sur l’inconscient de l’auteur et celui du lecteur. Les faits intimes sont contradictoires, changeants , rêvés , fantasmés, hallucinés, refoulés.
Ce roman est comme une tentative d’approche du Réel lacanien . La notion de « réel » a souvent été employée pour expliquer l’impossibilité d’expliquer . C’est un lieu symbolique où jamais aucun humain n’a, n’a eu, ni n’aura accès. C’est l’endroit où se trouvent archivés à foison tous les outils nécessaires à l’exercice de l’art. C’est la demeure des trois grands "A". L’Art, l’Autre et l’Amour. On y trouve en nombre infini, toutes les lettres nécessaires à l’écriture d’un roman... Plus vous en utilisez, plus il y en a ! ( d’aprés Charley Supper ).
Le titre : "les Bienveillantes" est un euphémisme. Les Erinyes, ou Euménides ("les Bienveillantes "), sont des déesses de la mythologie grecque ( Ici le cycle des Atrides, l’Orestie ) ( p 381 ) Elles sont persécutrices , vengeresses , hideuses. Appelées "Furies" par les romains, elles refusent les circonstances atténuantes et veillent à ce que la vengeance soit en définitive accomplie. Voir plus bas les références mythologiques. Le titre pressenti pour l’ édition anglaise est " The Winkly Ones" . Celui pour la traduction allemande : "Die Wohlwollenden".
Posté le 17 janvier 2007 à 15:48 par Dr Lyonel BAUM ( pseudo ANTIVOLT )
Il est assez curieux de comparer la perversion "objective" du narrateur (inceste et probablement père des enfants de sa soeur, meurtre inconscient de sa mère, homosexualité interdite dans son contexte) avec celle de l’officier nazi qui se plaint de la pénibilité du travail d’achever les juifs en ukraine, sans en mettre en cause le bien fondé, puisqu’il a été décidé par le Fuhrer qui est la voix du Volk. A la reflexion le récit quasi historique et linéaire d’atrocité présentées comme banales dans ce régime, est hallucinant et fait passer les horreurs du heros au second plan, comme l’assasinat final de son seul ami. On nous dit tranquillement, untel est obnubilé par le chiffre (nombre de tués juifs par jours) pour plaire à Himmler et Hitler, on comprend les querelles politiques entre un Speer qui veux du materiel humain de qualité et les nazis qui ont plutôt l’oreil d’un Himmler pour qui un juif doit surtout être un mourant. Ca passe presque, on se croirait entre Sarkozy et Royal !
Les deux policiers ne lacherons pas leur proie, et c’est tant mieux. Mais Max ne pouvait pas mourir, puisqu’il devait témoigner ...
On aurait envie de le trouver sympathique, mais il ne nous aide pas, comme si la vie qu’il a menée au service de l’Allemagne Hitlérienne était ,comme il l’a souvent notée, finalement que de la merde.
L’ambiguité de ce roman est totale mais permet de faire vivre une époque inouïe dans cette Europe. C’est une émotion qu’un jeune américain apres une documentation fouillée nous fait vivre dans une belle langue.
Posté le 23 mars 2007 à 01:53 par volpert dominique
en un mot, ce livre est du simple voyeurisme, ecoeurant au possible, faussement historique et veritablement commercial ! C’est si facile de se faire de l’argent avec la shoah !
Posté le 12 mars 2008 à 19:58 par gab
en un mot, ce livre est du simple voyeurisme, ecoeurant au possible,
faussement historique et veritablement commercial ! C’est si facile de se
faire de l’argent avec la shoah !
ça, un bon livre ???!!!!
http://
Posté le 13 mars 2008 à 09:40
enfin des réactions comme je les aime, sans chichi faussement culturel !
Gérard Zyzek
Posté le 13 mars 2008 à 09:47
il me semble que le débat que vous avez amorcé pose la question de l’art et de l’éthique ou la morale. L’art trouve son auto-justification dans l’esthétique pure bien souvent et le désir narcissique et impétueux de ’créer’ l’inédit.
Faisons l’essai, donnons quelque crédit à l’auteur et disons que son inspiration fut dans un but littéraire et fictionnel seulement. En tant que littéraire, je vous ferai remarquer les lourdeurs excessives de style (aussi bien dans la version anglaise) ainsi que les pauses répétées qui sont peu souvent marque de bon goût, sans parler des discussions fumeuses, de ce livre-défouloir ; du côté haletant, je ne retiens donc rien.
Pour ce qui est de se faire plaisir en lisant ce roman, c’est raté du point de vue stylistique.
C’est donc que le plaisir se trouve ailleurs, et là nous rejoignons le problème de la morale : un plaisir à revoir l’histoire ? à être marginal ou ouvertement provocateur ? à ôter ce poids ou ces spectres qui hantent notre vieux continent ? peut-être trouvons-nous un plaisir à chercher la part de mal d’immoralité en l’homme et à ne pas rejeter le mal hors de notre conception de l’individu, face aux horreurs du siècle dernier, on n’est plus si mauvais hein ?!
L’art éthique quant à lui se réclame de grandir l’homme, de louer ses bons sentiments et dénoncer ses vices (c’est le cas jusqu’au XIXème siècle, pensons seulement aux comédies moliéresque qui faisaient des personnages des parias et objets de rire pour quelques simples traits de caractère ; alors imaginez un meurtrier en série et sans raison chez molière, comment l’aurait-il traîté, nous serions-nous si facilement identifié à lui ?), les mots pour réparer les maux de la société, la souder dans une communauté de valeurs de rapports, dans une intention ’bienveillante’ cette fois. Des débats éthiques se posent à chaque parution de récits fictionnels ou de témoignages autour de la Shoah, preuve de la relève de l’homme qui par respect pour les défunts ou bienveillance pour les vivants, mais n’oublions pas que cela a conduit à des extrêmes : rappelons nous de l’affaire B. Wilkomirsky Fragments ; il se présentait comme un enfant ayant survécu dans un camp. Un journaliste a prouvé que c’était faux et son récit a été interdit et n’est toujours pas édité. Et la place de la fiction, de l’imagination de l’homme ? Il a aussi voulu relater une histoire exceptionnelle et on l’a condamné au silence en allemagne. Dernièrement, à la suite de la sortie du film sur cet enfant qui a fui un pogrom et a vécu avec les loups, telle une enfant sauvage, on a prouvé que l’auteur du livre avait inventé, et les critiques se sont détournées de ce film. Littel a donc beaucoup de chance à ce sujet là car la polémique l’a servi et est le moteur de sa promotion.
si ce livre était paru juste après la découverte des camps, jamais les historiens et les auteurs sérieux et qui parlent lourdement de choses graves, dans un manichéisme historique et éprouvé entre le bien le mal, n’auraient eu de crédit. En parlant de Bien et de Mal, les comportements de cette époque ne sont souvent ni la preuve d’un bien grand, noble, ni de ce mal valorisé comme connaissance de l’homme, loin d’une tragédie classique, les tragédies modernes ne laissent pas de héros, mais des gens avilis ou qui ne sont plus des hommes, dans la tiédeur d’un choix qu’ils ne prennent pas le temps de questionner.
Une solution pour ce roman de Littel si votre curiosité vous pousse quand même à vous plonger dans son torrent ? lisez entre les lignes (la part de fiction, de l’auteur, l’intention qu’il veut susciter etc hé oui les écrivains ont beaucoup de techniques pour nous entraîner où nous n’irions pas), et soyez sûr d’être déjà bien documenté (jeune public s’abstenir).. Il y a des livres qui ont une postérité grandiose et qui inspirent le respect, notons qu’après l’engouement du <> , ’les bienveillantes’ est désormais rangé dans les rayons des librairies et sans s’adonner à une prophètie hasardeuse devinons que ce pavé ne laissera pas la saveur du chef d’oeuvre et ne sera pas invoqué dans sa contribution à l’humanité.
Vous aimez les récits de la seconde génération ? reportez vous à cet auteur canadien Anne Michaels dans Fugitive Pieces, ou encore le fameux Henri Raczymow (un cri sans voix) qui ont un positionnement éthique discutable (et c’est le but sûrement : éveiller le questionnement, les consciences) mais qui peuvent au moins être considérés comme des prouesses littéraires. Il est vrai qu’on n’est pas du côté des bourreaux, mais on peut comprendre l’homme par ses actes simples.
pardon d’avoir tant écrit, mais si vous avez lu Littel, ca ne paraîtra pas si long si ? je plaisante, c’était facile.. Allez, ’sous les pavés la plage’ et après les ruines, le débarquement... R. L.
Posté le 25 mars 2008 à 22:08
on a des érudits dans cette yeshiva
Posté le 31 mars 2008 à 18:34
Jonathan Litell se regarde ecrire : les titres de ses chapitres, vous les avez compris ? Moi j’avoue avoir du consulte plus erudit que moi. Ces references subliminales alambiquees sont celles d’un intellectuel poseur. Ca c’est pour le style.
Ensuite pour ce qui est du fond, il est exact que certains passages sont vraiment forts (Stalingrad, par exemple) mais l’ensemble est trop long, avec pleins de trucs completement inutiles.
Quant a sa these, selon laquelle tout le monde pourrait tomber la-dedans, elle aurait du etre profondement derangeante et soulever cette question jusqu’au trefonds de notre etre, mais il n’a pas ose aller au bout : en faisant de Aue un adepte de l’inceste qui ne voit meme pas ce qu’il y a de mal a ca, il evacue sa suppose "normalite" et montre par la qu’il n’assume pas le malaise qu’il veut creer en nous.
B.L.
Posté le 16 avril 2008 à 09:34 par B.L.
Un "détail" qui passe presque inaperçu dans la plupart des commentaires...
L’auteur ne dépose-t-il pas l’antidote aux conceptions de Aue dans la bouche de Una, cette soeur si aiméee, son alter ego féminin, sa jumelle, quand, lors d’une conversation en tête à tête, celle-ci confirme une réflexion qui ne cessera de le hanter, et en quoi pourrait résider la véritable audace du roman : la description de l’ enfermement réciproque du bourreau et de la victime dans ce qui reste d’humanité.
Dans l’inhumanité absolue ou bourreaux et victimes sont devenus interchangeables, subsiste envers et contre tout, la pitié, une empathie telle que le bourreau pour se délivrer des regards de la victime se sent obligé de décharger rageusement sa haine de lui-même. Voilà une situation qui donne une preuve décisive de linaltérable solidarité de lhumanité. Pour preuve le passage suivant : : « Si les terribles massacres de l’Est prouvent une chose, c’est bien, paradoxalement , l’affreuse, l’inaltérable solidarité de l’humanité. Aussi brutalisés et accoutumés fussent-ils, aucun de nos hommes ne pouvait tuer une femme juive sans songer à sa femme, sa soeur ou sa mère, ne pouvait tuer un enfant juif sans voir ses propres enfants devant lui dans la fosse. Leurs réactions, leur violence, leur alcoolisme, les dépressions nerveuses, les suicides, ma propre tristesse, tout cela démontrait que l’autre existe, existe en tant qu’autre, en tant qu’humain, et qu’aucune volonté, aucune idéologie, aucune quantité de bêtise et d’alcool ne peut rompre ce lien, ténu mais indestructible. Cela est un fait, et non une opinion" (142).
En quoi, dans ce passage, il ne serait pas loin de Levinas.
Posté le 4 mai 2008 à 18:17 par Jeff
Le temps passe et les lectures approfondies du roman de J. Littell relativisent les commentaires d’Edouard Husson et de Michel Terestchenko. Jean Solchany pour la recherche historique et Florence Mercier-Leca pour la littérature , et quelques autres , de plus en plus nombreux, ne considèrent plus « Les Bienveillantes » comme un canular . Sans reprendre les propos hyperboliques de certains ( Georges Nivat , Pierre Nora et bien d’autres ) ceux qui ont lu et relu le livre énonce les qualités de cet événement littéraire. Jamais en 60 ans , une oeuvre artistique n’a pu rendre sur ce sujet ( l’apocalypse européenne pendant la seconde guerre mondiale ) , à ce niveau d’incandescence , l’effet de Réel qui émerge de cette narration. Comme le dit Solchany c’est un roman qui réussit là où le cinéma n’a jusqu’à aujourd’hui pas totalement convaincu. Peu d’oeuvres littéraires ont contribué de manière aussi efficace au « devoir de mémoire ». La fiction , le témoignage et le livre scientifique constituent 3 approches différentes et non concurrentes du nazisme et de l’extermination des juifs. Certains lecteurs ne semblent pas prêts à reconnaître la légitimité de la démarche fictionnelle, alors que cette dernière jouera à l’avenir un rôle croissant dans la prise de conscience de la monstruosité du nazisme.L’intervention des intellectuels dans le débat critique est indispensable, mais il y a des limites à l’expertise historienne. S’exprimer sur le rapport à la vérité lorsqu’il s’agit de littérature( ou de cinéma ) présuppose une grande prudence.Les historiens ne doivent pas ruiner leur crédit en souscrivant à un fondamentalisme hypercritique qui conduit à assassiner un roman qui ne mérite pas un tel traitement. « Les Bienveillantes » apparaissent comme un texte exigeant. Il sollicite diverses compétences du lecteur et pas seulement culturelles.
Posté le 10 mai 2008 à 11:22 par Lyonel Baum
La question n’est pas de savoir si Littel a ou non le droit d’écrire. Il l’a par nature.
La question est : avec ce que je sais du livre, dois-je le lire ? Puis, si je l’ai lu, qu’en pense-je ?
En ce qui me concerne, j’ai décidé de ne pas lire, ayant déjà (presque) tout lu du "comment" la Shoah. Plus je m’intéresse au "comment", moins le "pourquoi" n’a de sens. Autrement dit, qu’apporte Littel ? Il choisit un narrateur bien précis, le bourreau, celui-là précisément qui ne devrait parler qu’en face d’un tribunal. Il fait en fiction quelque chose d’impossible (ou plutôt) d’insupportable en réalité (ex : Les mémoires de Mengele).
Résultat des courses : un héros a toujours des aspects intéressants, attachants (sans jeu de mots). Et c’est dans ce cas de figure obscène.
Je termine en postulant que de ce livre, dans 10 ans, il ne restera rien, sauf d’éventuels épigones.
Posté le 22 juillet 2008 à 15:36 par gould
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