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Les grands commentateurs de la Thora
RACHI : Le Commentateur
Auteur(s)
Micho Klein
Du même auteur

Rubrique Les grands commentateurs de la Thora

ACHI : Comment l’étudier ?

Voici dix siècles que l’on s’extasie à sa lecture, mais en vérité RACHI [1] n’a quasiment rien écrit, il ne fait que citer des commentaires antérieurs à lui. Cela n’enlève rien à son talent - au contraire - mais son génie ne réside pas en son propos. Il se trouve dans le choix si judicieux qu’il opère à l’intérieur des corpus midrachique et talmudique. Opter à travers l’océan exégétique pour tel ou tel passage, met en relief le verset d’une manière qu’aucun autre passage n’aurait pu le faire. Là est l’inspiration divine dont RACHI prétend lui-même qu’il s’est servi pour écrire son commentaire [2].

Les sources de Rachi

L’étape première, lorsque l’on étudie le commentaire de RACHI sur le ’Houmach [3], consiste donc à rechercher la source qui sert de base à son commentaire. C’est pour cela que nous sommes amenés chaque semaine à lire dans le texte des passages du :
-   Talmud de Babylone
-   Talmud de Jérusalem
-   Targoum Onkelos
-   Targoum Yonathan ben Ouziel
-   Midrach Rabba
-   Midrach Tan’houma
-   Midrach Tan’houma HaKadom véHaYachan (Buber)
-   Pirké déRabbi Eliézer
-   Psikta Rabbati
-   Etc...

Certaines fois la source concorde parfaitement avec la citation, d’autres fois pas tout à fait. Relever et tenter de comprendre ces différences plus ou moins flagrantes s’avère instructif.

Bien entendu, nous allons également voir les commentaires propres à ces différentes sources. Des commentaires comme celui du Ma’archa [4] sur le Talmud ou celui, méconnu, du Yafé Tohar [5]sur le Midrach, constituent de remarquables éclairages. Plus généralement, la découverte - lors de la préparation des mes cours - de l’École de Constantinople au XVIe siècle est source d’émerveillement perpétuel.

RACHI fait également souvent référence à des commentaires qui le précèdent de quelques décennies seulement - notamment pour ce qui est de la grammaire. Citons parmi eux Mena’hem Ben Sarouk, Ibn Jana’h, Saadia Gaon, etc. Nous possédons leurs ouvrages et allons vérifier les sources.

Les commentaires sur Rachi

Depuis des siècles, ils sont officiellement un peu plus de trois cents à s’être essayés au commentaire direct sur RACHI (R. Pin’has Krieger est le dernier à en avoir établi la liste précise dans un ouvrage publié à New-York en 2005 et intitulé "Parchane-Data"). Ces commentaires n’expliquent pas le verset, ils sont exclusivement voués à la compréhension de RACHI. Ils constituent, dans le domaine de l’étude, une sorte d’univers parallèle où même les plus érudits se risquent rarement.

Beaucoup de ces commentaires sont malheureusement épuisés mais l’Institut Tora Méfouréchèt a eu l’heureuse initiative d’éditer récemment une collection comprenant onze des plus importants commentateurs du Maître. Nous étudions en cours deux à trois d’entres eux chaque semaine. Citons au premier chef :

-   Le Mizra’hi, de Rav Eliahou Mizra’hi (XVe/Constantinople)
-   Le Gour Arié, du Maharal de Prague (XVIe/Prague)
-   Le Levouch haHora, de Rav Mordekhaï Yaffé (XVIe/Prague)
-   Le Sifté Ha’hamim, de Rav Chabtaï Méchourar Bass (XVIIIe/Prague)
-   Le Séfer haZikarone, de Rav Avraham Boccara (XVIe/Tunis)
-   Le Yérioth Chelomo, de Rav Chlomo Louria (XVIIe/Lublin)
-   Le Masskil léDavid, de Rav David Pardo (XVIIIe/Sarajevo-Jérusalem)
-   Le Béèr Bassadé, de Rav Méïr Binyamin Ména’hem Danone (XIXe/Sarajevo)
-   Etc.

À cette liste viennent s’ajouter plusieurs noms célèbres pour leur commentaire sur le Talmud ou le Choul’han Arou’h, mais dont le commentaire sur RACHI est totalement méconnu. Certains - comme le Taz [6] - sont aujourd’hui ré-édités et valent sincèrement qu’on s’y attache.

Le but de tous ses commentateurs est triple : 1) Établir à cause de quelle difficulté liée au verset RACHI prend la peine de commenter. 2) Expliquer, le cas échéant, pourquoi RACHI rapporte plusieurs explications. 3) Donner un sens plus large à l’explication ramenée par RACHI

À la liste précitée viennent s’ajouter nombre de commentateurs contemporains - et non des moindres - que j’ai eu le plaisir de découvrir et de faire découvrir à mes élèves :

-   Biourim léPirouch Rachi, du dernier Rabbi de Loubavitch
-   Rachi Méfourach, de Rav Chalom DovBer Steinberg
-   Lifchouto chel Rachi, de Rav Chemouel Gilbert
-   Hiyouné Rachi, de Rav Avraham Yits’hak Barzel
-   Bïour stoumoth béRachi, de Rav pin’has Doron
-   Chaaré Aharon, de Rav Aharon Roter
-   Etc.

Enfin, je ne serais pas complet si je ne mentionnais pas les deux ouvrages aujourd’hui disponibles référençant et traduisant en différentes langues tous les La’azim de RACHI. [7] Ces listes ont été établies par Moché Catane dans "Otsar Laazé Rachi" et par Rav Gukovitzki (Dayan de Londres) dans son "Targoum haLa’az". Tous deux sont basés sur le remarquable travail d’A. Darmesteter et D.S. Blondheim, "Les gloses françaises dans les commentaires talmudiques de Rachi" [8], épuisé mais aisément consultable à la bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle à Paris.

Bien que RACHI et ses commentateurs forment, nous l’avons dis, un univers à part, de nombreux ponts existent entre l’univers de RACHI et le monde des commentaires classiques sur le Pentateuque. Les commentaires médiévaux sont particulièrement prisés dans notre cours car, d’une part, ils abordent des points que RACHI ne traite pas fluidifiant ainsi la lecture du verset. D’autre part, ils servent le commentaire de RACHI en éclairant des points traités par lui avec un angle différent. Citons parmi eux dans un ordre décroissant de consultation en cours :

-   Le Radak, (acronyme) de Rabbi David Kim’hi (1160-1235/France)
-   Le Sforno, de Rabbi Ovadia Sforno (1470-1546/Italie)
-   Ibn Ezra, de Rabbi Avraham Ibn Ezra (1092-1164/Espagne)

Eu égard à son importance, il faut considérer particulièrement le commentaire de Na’hmanide (Ramban) (1195-1270/Espagne) sur le ’Houmach. C’est un commentaire ardu, à consonance ésotérique et écrit dans un hébreu très littéraire, qui puise son propos, tout comme RACHI, dans la littérature midrachique et talmudique. Il cite très souvent RACHI et très souvent il le contredit... Il est à ce point le contrepoids du commentaire de RACHI que certains le considèrent comme un commentaire sur RACHI. Il est en tout état de fait son compagnon d’étude incontournable.

Citons également les commentaires d’autres maîtres français du Moyen-Âge, disciples ou descendants de RACHI, que l’on appelle les "Baalé Tossefoth". Que ce soit à travers leurs commentaires sur le Talmud ou à travers leur commentaire sur le ’Houmach (Daat Zékénim miBaalé Tossefoth), ils offrent une alternative critique au Maître de Troyes. S’édite en ce moment une remarquable collection intitulée "Tossefoth Hachalem" qui regroupe tous les manuscrits des Baalé Tossefoth éparpillés à travers le monde, les classant verset par verset.

Enfin, parmi les commentaires plus modernes du Pentateuque, celui de Rav Chimchon Raphaël Hirsch (1808-1888/Allemagne) est mon préféré et je n’ai cesse de transmettre à mes élèves mon amour pour ce personnage et son oeuvre. Hirsch est connu comme étant le fondateur d’un mouvement appelé la "néo-orthodoxie" qui prônait - face à un mouvement réformateur en plein essor - un judaïsme orthodoxe devant accepter la culture occidentale et y adhérer. Son credo était "Torah Im Dere’h Erets" (La Torah avec un engagement dans le monde) et sa pensée et d’une actualité impressionnante. Si son commentaire est réputé parce qu’il y utilise une méthode d’exégèse originale fondée sur une approche symbolique des racines hébraïques, il y expose aussi magistralement les concepts éthiques qui sont le fondement de chaque loi juive. Il y analyse le psyché humain d’une manière que seuls les auteurs allemands de cette époque - Mann, Schnitzler, Zweig, Rilke - savaient le faire. Son premier maître fut le ’Ha’ham Bernays, grand père de Martha Bernays première épouse de Sigmund Freud. Le lien entre les commentaires de Hirsch et de RACHI n’est pas facile à établir mais nous y travaillons.

Le cours sur Rachi à la Yéchiva et ses développements

Bien que mon cours intègre déjà nombre de paramètres, nous aimerions développer, en plus, d’autres facettes du commentaire de Rachi. J’ai commencé à travailler durant la préparation de mon cours, principalement à trois aspects :

-   Déterminer quelle est l’influence sur son commentaire du contexte historique auquel RACHI fut confronté. Les travaux du Professeur Schwarfuchs sur RACHI et sur l’époque des premières croisades sont un bon point de départ.
-   Faire une étude comparée des trois différentes versions du commentaire de RACHI (Defous Richone, Roma, Elkabets). L’édition définitive de Venise, actuellement répandue, est en effet elle-même basée sur trois éditions princeps connues, toutes éditées entre 1470 et 1476. L’institut Ariel à Jérusalem a débuté en 1986 un immense travail intitulé "Rachi haChalem" qui intègre ces trois "originaux". Cette édition m’est très utile.
-   Déduire des principes d’interprétation de la terminologie utilisée par RACHI. Par exemple : dans quel cas - quant il cite Onkelos (la traduction araméenne du verset) - il utilise tel ou tel terme entre : "VéOnkelos Targem", "Metargeminane", "Léfi HaTargoum", Etc. ?

Micho Klein


Notes :

[1] Si RACHI (1040 - 1105) est l’acronyme communément admis de Rabbi Chlomo Yits’haki, certains maîtres (le ’Hida notamment) suggèrent l’acronyme de Rabbi Chlomo Yéré’hi. Il ne serait donc pas né à Troyes mais à Lunel (ou Lunéville ?) - Yéré’hi signifiant "originaire de la lune", en hébreu !

[2] voir RACHI sur Ezéchiel 42 ;3

[3] Pentateuque

[4] R. Chemouel Eliézer haLévi Eidels (1565-1632 /Lublin

[5] de R. Chemouel Yaffé Ashkénazi ( ?-1595/Constantinople)

[6] acronyme de Touré Zaav de Rabbi David haLévi (1586-1667/Cracovie)

[7] Mots de vieux français dont RACHI se sert dans son commentaire

[8] ed. Honoré Champion, 1929



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Vos commentaires

bonjour , votre cours sur rachi a t-il lieu aujourd’hui mardi 29 aout 2006 ?
Posté le 29 août 2006 à 11:57 par haim

Mais aussi, et c’est je crois, plus important que Midrash Rabbah et d’autres, Rashi emprunte d’abord, en ce qui concerne Shemot, Vayiqra , Bamidbar et Devarim, aux 3 Midrashé Halakha que le Gaon de Vilna appelle lui-même « la source de la source » (c’est-à-dire la source du Shass) : Mekhilta sur Shemot, Sifra (= LE livre, et non Safra/le scribe, comme c’est malheureusement abondamment répandu dans nombre de yéshivoth, et non des moindres) sur Vayiqra, Sifré (LES livres, pluriel araméen de Sifra, et non "Sifri"/mon livre, en hébreu) sur Bamidbar et Devarim).

Egalement à signaler dans les grands commentateurs, le Gaon de Vilna et son commentaire sur la Torah « Aderet Eliyahu »,accompagné de ses deux commentaires : Be’ér Avraham, par son fils Rabbi Abraham ben haGR"A, et Be’ér Itzhaq, de son Talmid Rabbi Itzhaq Eizick ’Haver.


Posté le 25 juillet 2008 à 09:59 par Avraham MALTHETE

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